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4 mars 2019

INTERNATIONAL – Aliments ultra-transformés : des effets sur la mortalité ?


Quelles sont les conséquences pour la santé des aliments ultra-transformés ? Après avoir montré en 2018 un lien entre ces produits et les cancers, les chercheurs de l’INSERM en charge de la cohorte Nutrinet viennent de publier des résultats sur la mortalité générale.

Les aliments ultra-transformés sont généralement denses en énergie, riches en graisses saturées et/ou glucides raffinés, et pauvres en fibres. En outre, ils peuvent contenir des additifs ou des contaminants liés aux procédés industriels. Ce sont notamment les boissons sucrées, bonbons, biscuits salés ou sucrés, charcuteries, plats préparés.

Une augmentation de 14 % du risque de mortalité avec 10 % en plus d’aliments ultra-transformés…

Dans l’étude rapportée ici, 44 551 personnes âgées d’au moins 45 ans ont été suivies sur une médiane de 7,1 ans. La consommation alimentaire a été relevée sur trois jours, au moins une fois au cours des deux premières années. En moyenne, la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime était de 14,4 % en poids, et 29,1 % en énergie. Elle était d’autant plus élevée que les volontaires étaient plus jeunes, avaient de plus faibles revenus ou un niveau d’étude plus bas, vivaient seuls, avaient un IMC élevé et un faible niveau d’activité physique.

Côté alimentation, la prise d’aliments ultra-transformés était corrélée à une plus faible adhésion aux recommandations alimentaires du PNNS (programme national nutrition santé). Une incrémentation de 10 % de ces aliments dans l’alimentation était associée à une augmentation de la prise de graisses saturées de 3 %, de sucres de 3,6 %, de sodium de 2 % ; et une baisse des fibres de 4,9 %, ainsi que des vitamines et minéraux essentiels de 2 à 10 %.

Après ajustement notamment sur l’âge, le sexe, le niveau d’étude et de revenus, l’état civil (célibat…), l’IMC, l’activité physique, le tabagisme, la consommation d’alcool, d’énergie, l’adhésion au PNNS, une incrémentation de 10 % d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation était associée à une augmentation du risque de mortalité de 14 % (intervalle de confiance à 95 % IC95 % 1,14 ; 1,04-1,27, p = 0,008).

Plusieurs explications

Les données de la littérature montrent que les maladies et la mortalité cardiovasculaires peuvent être favorisées par une prise élevée de sodium, de sucres ajoutés et de charcuteries ; à l’inverse, le risque est diminué avec une prise suffisante en fibres, à laquelle on pourrait ajouter vitamines et minéraux. Parmi les additifs, les auteurs évoquent les effets inflammatoires digestifs voire carcinogènes  du dioxyde de titane ; les émulsifiants et les édulcorants sont susceptibles de perturber le microbiote intestinal, favoriser inflammation, syndrome métabolique et pour les émulsifiants, carcinogénèse. Les emballages au contact des aliments pourraient relarguer du bisphénol A, associé à des cancers ou des maladies hormono-dépendantes.

Pour être admis, les résultats de cette étude doivent être confirmés par d’autres et être encore ajustés sur ce qui est possible (non seulement sur la qualité alimentaire générale mais aussi sur les nutriments eux-mêmes, sucres ajoutés, graisses saturées, fibres, vitamines et minéraux…), afin de préciser au mieux les facteurs en cause.

En attendant, les autorités de santé publique françaises appellent à améliorer la formulation des produits ultra-transformés, réduire les additifs, contaminants néoformés et résidus d’emballages, et le marketing. En effet, la consommation de ces aliments est en croissance et pourrait alourdir le fardeau de la mortalité liée aux maladies non transmissibles.

Auteur(s) : Dr Viviane de La Guéronnière

Source : Journal international de médecine - La lettre hebdomadaire du médecin