Close

16 décembre 2017

CANADA – Visites médicales préventives périodiques : une meilleure prestation des services de prévention


L’efficacité de l’examen médical annuel traditionnel chez les adultes asymptomatiques n’est pas appuyée par des données probantes selon cet article publié dans Canadian Family Physician. Cette activité pourrait même causer des préjudices et elle ne devrait pas être systématique. Il vaudrait mieux procéder à des visites de prévention périodiques (c.-à-d. selon les risques et des intervalles de tests précis) avec un professionnel des soins primaires (p. ex. médecin de famille, infirmière praticienne, infirmière) qui offrirait du counseling en prévention, la vaccination et les tests de dépistage dont on connaît l’efficacité. Il semble que cette approche soit particulièrement utile pour les personnes de plus de 65 ans. La prestation de services préventifs en soins primaires exige un nouveau financement du système de santé, qui pourrait provenir des fonds autrement consacrés à la facturation des examens médicaux annuels.

Façons de procéder à l’avenir
Les données probantes actuelles font valoir que l’approche la plus appropriée pour fournir des services de prévention en santé est l’adoption des visites médicales préventives périodiques au lieu des bilans de santé annuels. Les concepts et les principes du Centre de médecine de famille offrent un modèle pour élaborer et adopter des approches organisationnelles à l’égard de tels rendez-vous15. L’intervalle entre les visites dépend de l’âge, du sexe et de l’état de santé de la personne et, parce qu’il y a des différences dans les milieux de pratique et la disponibilité des ressources selon la région du Canada, les stratégies fondées sur la pratique peuvent varier dans la réalité. Toutefois, toutes les approches organisationnelles devraient tenir compte de divers concepts clés jugés importants dans la prestation de services de santé préventifs.

D’abord, les services de santé préventifs devraient s’inscrire dans la poursuite et le maintien de la notion centrale de la relation patient-médecin3–6 comme partie intégrante de la continuité des soins et de l’expérience partagée qui se développe avec le temps lorsqu’on aide les patients à vivre leurs événements de santé.

Deuxièmement, les médecins doivent prendre en compte l’équilibre entre les préjudices et les bienfaits potentiels des interventions de dépistage. Dans certaines circonstances où il existe de solides données probantes selon lesquelles les résultats souhaités du dépistage dépassent les torts qu’il peut causer, les médecins peuvent être confiants que l’intérêt supérieur de la plupart de leurs patients serait mieux assuré si ces derniers suivaient les recommandations (p. ex. vaccination, counseling en cessation du tabagisme et dépistage du cancer du col). Dans d’autres circonstances, les bienfaits du dépistage peuvent être moins clairs en raison du compromis entre les bienfaits et les torts, comme des résultats faux positifs ou un surdiagnostic (p. ex. mammographie de dépistage du cancer du sein et mesure de l’antigène prostatique spécifique pour le cancer de la prostate). Dans de telles situations, l’approche organisationnelle devrait être une prise de décision partagée entre le médecin et le patient, et la reconnaissance que les préférences et les valeurs de chaque patient pourraient faire pencher la balance en faveur ou contre l’intervention de dépistage préventif16.

Étant donné que la durée de la visite moyenne en pratique familiale n’est pas suffisante pour couvrir tous les problèmes potentiellement pertinents, nous devons concevoir des méthodes pour offrir ces services plus efficacement. Diverses approches ont été mises à l’essai. En 2008, le Royaume-Uni a mis sur pied un programme de prévention selon lequel tous les citoyens de 40 à 74 ans avaient un bilan de santé gratuit aux 5 ans, qui se concentrait sur le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaires. Il n’est pas surprenant que des facteurs de risque cardiovasculaires aient été dépistés et traités17, mais les avantages de ce dépistage demeurent imprécis18.

Une deuxième approche consiste à compter un responsable ou un spécialiste de la prévention au sein des cliniques de soins primaires19,20. L’essai BETTER (acronyme en anglais pour Miser sur les outils existants pour améliorer la prévention et le dépistage des maladies chroniques en soins primaires) a instauré une intervention basée dans la clinique avec un responsable de la prévention, et une intervention auprès de chaque patient effectuée par un facilitateur (une infirmière praticienne désignée ou une infirmière de la clinique) qui avait un rendez-vous de 1 heure avec le patient et élaborait ensuite une prescription individualisée de mesures de prévention. Les auteurs ont constaté que la présence d’un spécialiste de la prévention à la clinique s’est traduite par une meilleure prestation des services préventifs à un coût raisonnable (26,43 $ [IC à 95 % de 16 à 44 $] par mesure de prévention additionnelle effectuée)19.

Un portail sur le bien-être basé sur le web et relié au dossier médical électronique constitue une troisième approche à envisager. Nagykaldi et ses collègues21 ont effectué un essai randomisé par grappes évaluant un portail sur le bien-être dans 8 cliniques et portant sur 422 adultes. L’utilisation du portail a entraîné une augmentation de la participation active des utilisateurs et de leur perception de l’accent mis sur le patient, de même qu’un plus grand nombre de services préventifs recommandés reçus par ces derniers.

Une façon de procéder à l’avenir pourrait être de faire en sorte que les provinces fournissent le financement par l’entremise d’un code de facturation ou d’une rémunération directe des spécialistes de la prévention dans le contexte d’une équipe de santé afin d’améliorer la prestation des services préventifs. L’élaboration d’un portail pancanadien pour les patients pourrait aussi améliorer la prestation des services.

 

Auteur(s) : Richard Birtwhistle, Neil R. Bell, Brett D. Thombs, Roland Grad and James A. Dickinson

Source : Observatoire international de la santé et des services sociaux