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7 mai 2018

CANADA – Renégociations de l’ALÉNA: une menace pour la santé publique et la saine alimentation?


Selon un article paru en mars dans le prestigieux quotidien New York Times, les négociateurs américains, poussés par la grande industrie agroalimentaire, tentent d’empêcher le Canada et le Mexique, mais aussi les États-Unis, d’adopter toute réglementation qui obligerait les compagnies d’apposer, sur le devant de l’emballage, des mises en garde nutritionnelles. Dans son témoignage devant le Congrès américain, le représentant au commerce, Robert Lighthizer, a par la suite confirmé et justifié cette position en affirmant qu’un tel règlement d’étiquetage obligatoire s’apparente à du protectionnisme.

Directrice générale du Réseau pour une alimentation durable (RAD), Diana Bronson rejette du revers de la main cet argumentaire. « Le protectionnisme, c’est le mot qu’on emploie pour dénoncer n’importe quoi, précise-t-elle avec malice. Mais, que protégeons-nous en fait ? C’est la santé publique des Canadiens ! Nous ne vivons plus à l’ère du néolibéralisme à outrance où les règles du commerce international ont préséance sur les droits de la personne, sur la santé publique ou sur l’environnement. Il faut maintenant que les gouvernements soient capables de protéger leur souveraineté afin d’atteindre leurs objectifs en matière de santé publique, d’environnement et d’équité. »

Kevin Bilodeau, de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, fait remarquer que les tactiques employées par la grande industrie agroalimentaire sont les mêmes que celles développées, dans le passé, par l’industrie du tabac : utiliser les accords commerciaux pour bloquer les politiques de santé publique qui nuisent à leurs intérêts commerciaux. À ce propos, Diana Bronson maintient que : « les règles commerciales ne sont pas des fins en soi, mais qu’elles sont censées être un moyen d’atteindre des objectifs de croissance, d’équité et d’épanouissement. En ce sens, le gouvernement canadien, qui affirme vouloir défendre la gestion de l’offre, doit se montrer tout aussi ferme en ce qui concerne ses politiques de santé publique. »

Dans son article qui a déclenché cette mobilisation des acteurs de la santé publique, le New York Times expliquait que la Grocery Manufacturers Association, qui fait d’ailleurs partie du comité consultatif conseillant les négociateurs américains, redoute que le modèle de réglementation chilien s’exporte au sein des membres de l’ALÉNA. Un modèle qui a fait ses preuves, souligne Kevin Bilodeau, et dont l’industrie craint, plus que tout, les impacts. « Dès l’apparition des logos de mise en garde, rappelle-t-il, 92 % des Chiliens ont préféré se tourner vers des aliments qui ne les arboraient pas. Par ailleurs, depuis l’entrée en vigueur de la loi, l’industrie a reformulé près de 20 % de ses produits pour éviter le fameux logo sur ses emballages. »

Pour sa part, Diana Bronson regrette que la consolidation des puissances commerciales, le phénomène de la financiarisation et de la spéculation exercent une pression énorme sur le système alimentaire. « Mais je pense, par ailleurs, que les pressions des consommateurs et des citoyens partout à travers le monde, comme ici au Canada, expliquent les changements qui s’observent, comme l’annonce récente de la Politique bioalimentaire québécoise ou la Politique alimentaire canadienne. Les choses changent et doivent continuer d’évoluer. »

Aux dernières nouvelles le négociateur en chef pour le Canada, Steve Verheul, a déclaré que son pays s’oppose catégoriquement à la proposition américaine de bannir les logos de mise en garde sur le devant de l’emballage. À l’heure où les renégociations de l’ALÉNA entrent dans leurs rondes finales, c’est un dossier à suivre !

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Auteur(s) : François Grenier

Source : 100 degrés